Entretien avec Franck Riester (ISG 96) Député-maire de Coulommiers (77)
Conseiller municipal de Coulommiers depuis le 18 juin 1995, et député de la 5e circonscription de Seine et Marne depuis le 17 juin 2007, Franck Riester fait partie de la jeune garde politique au sein de l’Union pour un Mouvement Populaire. Son franc-parler et son dynamisme stimulent les débats parlementaires. Chef d’entreprise et parlementaire, il est d’abord un décideur responsable, à cheval entre sa vie politique, locale et nationale, et son rôle d’acteur économique.
Vous faites partie des espoirs de l’UMP et vous parlez de faire de la politique autrement…Qu’est ce que cela signifie plus précisément?
F.R. : C’est, pour ainsi dire, dans la foulée des propos du Président de la République, le fait d’avoir un discours de vérité auprès de nos concitoyens, avant comme après l’élection. Il s’agit de tenir les engagements que l’on a pris devant celles et ceux qui nous ont fait confiance. Et cela, c’est finalement relativement nouveau. Dire la vérité et faire de la pédagogie. Dire que les problèmes ne sont pas si simples, qu’ils sont souvent même complexes, et expliquer quelles sont les solutions que l’on propose et ensuite les mettre en œuvre. Je prendrai un exemple très concret à Coulommiers : le manque cruel d’un lieu de culte musulman se faisait sentir dans ma ville. J’ai parlé, j’ai proposé et maintenant je mets en œuvre la construction d’une mosquée, lieu de prière essentiel pour toute une partie de la population. Quand on aborde clairement les sujets, même et surtout ceux qui potentiellement peuvent créer des tensions, et que l’on fait de la pédagogie, cela contribue à changer l’image du politique en changeant la façon de faire de la politique.
Comment concilier votre activité de chef d’entreprise et votre activité au parlement ?
Est-ce une question de gestion du temps, de l’efficacité, des hommes… ?
L’essentiel c’est de s’appuyer sur des hommes et des femmes qui ont à la fois la compétence et la volonté d’assumer les responsabilités que je leur confie. Mais le politique, comme le chef d’entreprise, doit aussi être très présent. Dans une entreprise, comme dans tout ensemble humain, la première richesse ce sont les hommes et les femmes qui la composent. Il faut essayer de les valoriser et de leur donner le maximum de responsabilités, évidemment en étant en pilotage et en contrôle. C’est ce que j’ai mis en place dans mon entreprise, en faisant monter un certain nombre de personnes qui ont pris des responsabilités de direction dans différentes succursales et sites, puisque j’ai plusieurs concessions automobiles. Je les responsabilise pour qu’ils s’épanouissent dans le job, en gardant un contrôle très actif. Je continue d’être très présent dans ma ville comme dans ma circonscription, parce qu’il faut rester en contact avec le terrain. C’est la raison pour laquelle je tiens des réunions régulièrement sur le terrain, je tiens aussi moi-même une permanence, sans rendez-vous, toutes les trois semaines, pour permettre un contact direct avec toutes celles et tous ceux qui souhaitent me voir en tant que maire. Tout en dirigeant et en déléguant, je reste très en phase avec le terrain. C’est essentiel.
Dans le récent combat de la loi Hadopi, vous avez été en première ligne à l’assemblée nationale…Quelle est votre vision d’Internet ? Est-ce un outil pour un monde plus durable ?
Je ne sais pas si Internet entre dans la même problématique que celle du développement durable, mais j’ai la conviction que sur Internet comme ailleurs, la société ne doit pas avoir peur d’utiliser le mot régulation. La loi doit être respectée, y compris sur Internet, car la liberté ne se conçoit que dans la limite du respect du droit des autres. C’est essentiel pour moi. Et je suis convaincu qu’à travers ce media, Internet, on défriche. Les pouvoirs publics se doivent d’être présents, courageux et responsables. Il serait plus facile de dire que tout est en accès gratuit, sur une fausse idée de la liberté…Non, c’est moins populaire mais plus responsable de dire qu’il nous faut trouver des systèmes de régulation. Je n’ai naturellement pas la science infuse, ce sont des systèmes qui doivent évoluer avec les technologies, mais nous ne devons pas laisser cet espace public sans règles, ni sans que ces règles soient respectées…Parce que le vrai problème est que les règles existent, mais que l’on a du mal à les faire respecter. Donc il faut du volontarisme politique et des outils pour les faire respecter. Cela me rappelle ce qui s’est passé sur la route pendant des années. Malgré des règles existantes, un grand nombre de personnes ne respectaient pas le code de la route. D’où les morts, les dommages et les préjudices causés à de nombreuses personnes. A un moment donné, les politiques ont décidé que cela ne pouvait pas continuer ainsi. Et les choses ont effectivement changé. Lorsqu’il y a des règles, il faut les respecter, et se donner les moyens pour y parvenir. C’est ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, sous l’autorité de Jacques Chirac. Sur Internet, il y a aussi des règles. Le droit d’auteur doit être respecté. Il faut faire en sorte que les Français arrêtent de télécharger illégalement parce que la loi l’interdit. Ils ont la possibilité de télécharger légalement, parce que nous avons bien compris que les modes de consommation évoluaient et qu’ il faut qu’ils aient cette possibilité, d’une part pour respecter la loi, mais plus largement pour financer la création, et toutes celles et ceux qui travaillent sur des œuvres dans notre pays. Sans ces revenus, ils ne pourront pas continuer dans le long terme à créer des œuvres, quelles soient musicales, cinématographiques ou audiovisuelles.
Pensez-vous qu’au niveau européen les choses peuvent s’accélérer ?
Oui, je suis convaincu que nous avons besoin d’Europe et que dans de nombreux domaines, on est plus forts ensemble que chacun chez soi ou chacun pour soi. Il est vraiment important, parce qu’il existe des problématiques globales, de travailler avec nos partenaires des 27 pour trouver des solutions communes. Je pense que l’on peut aller plus vite à régler les problèmes de notre temps en mettant plus de politique en Europe. Ce fut un axe fort de la campagne des élections européennes, dont j’étais directeur pour l’UMP au niveau national. Aujourd’hui, il me paraît essentiel de remettre du volontarisme en politique pour mieux incarner l’Europe. Et en faisant tout cela, nous susciterons une adhésion plus importante du peuple à l’idée européenne, à la politique européenne, tout en ayant, j’en suis convaincu, davantage de résultats. Partout, quand les politiques cessent de jouer leur rôle, c’est la technostructure qui prend la place. Et notre technostructure est importante, mais elle doit avoir un contre poids politique, qui est là pour fixer le cap et faire respecter les engagements pris devant les citoyens. En mettant plus de politique dans notre société, nous aurons davantage de résultats, nous serons d’autant plus efficaces et les avancées seront plus substantielles.
Pensez-vous que votre formation ISG d’entrepreneur joue un rôle vraiment important dans le leadership que vous prenez dans cette nouvelle génération de politiques ?
Oui. Je suis clair. Je suis vraiment très heureux d’avoir fait ma première partie de formation supérieure à l’ISG. J’ai commencé à l’ISG en cycle multinational, puis, après j’ai fait un 3e cycle à l’ESSEC de management urbain en mastère spécialisé. Cela a été une expérience riche, une grande ouverture d’esprit. Cela m’a permis de bien réaliser que le monde est complexe et que pour avancer il faut d’abord comprendre l’autre, le partenaire, le concurrent, celui avec lequel on est amené à construire des projets. Il faut savoir se mettre à sa place, et le respecter… L’ISG m’a, entre autre chose, appris tout cela.